Organiser un voyage à Bora Bora a toujours figuré tout en haut de ma liste de rêves, une sorte de Graal ultime que je gardais précieusement pour une occasion spéciale. J’ai longtemps cru que cette île n’était qu’un cliché sur papier glacé, réservé aux lunes de miel stéréotypées et aux milliardaires en quête d’anonymat. Pourtant, en posant le pied sur ce tarmac entouré d’eau turquoise, j’ai immédiatement compris mon erreur. Bora Bora n’est pas seulement une image de carte postale ; c’est une terre vivante, vibrante, une montagne émeraude jaillissant d’un lagon aux cinquante nuances de bleu.
Je vous emmène avec moi dans ce périple au bout du monde, loin des guides touristiques aseptisés. Voici mon récit, mes conseils bruts, mes émerveillements et même mes petites déconvenues, pour vous aider à préparer votre propre odyssée en Polynésie française.
L’arrivée sur le Motu Mute : Une gifle visuelle
Je pensais avoir tout vu en matière de plages tropicales. J’avais tort. L’arrivée à Bora Bora constitue une expérience en soi, différente de toutes les autres îles de la Société. L’avion ne se pose pas sur l’île principale, mais sur le Motu Mute, un îlot corallien détaché. Dès que je descends de l’appareil, la chaleur humide m’enveloppe, chargée de l’odeur suave des fleurs de Tiaré et de l’iode. Je récupère mes bagages et me dirige vers le quai. Ici, pas de taxi ni de bus : le transfert se fait en bateau. Je monte à bord de la navette catamaran d’Air Tahiti qui rallie Vaitape, le village principal.
Je m’installe à l’extérieur, le vent dans les cheveux. Le capitaine met les gaz. C’est à ce moment précis que la magie opère. L’eau change de couleur toutes les trente secondes : bleu marine, turquoise électrique, vert jade, blanc transparent. Au loin, le Mont Otemanu se dresse, majestueux et intimidant, veillant sur le lagon comme une sentinelle de basalte. J’ai ressenti une émotion pure, presque violente, devant tant de beauté brute.
Le dilemme de l’hébergement : Pilotis ou Terre Ferme ?
Lors de la planification de mon séjour, une question m’a obsédé : devais-je hypothéquer mes économies pour ces fameux bungalows sur pilotis ? J’ai décidé de couper la poire en deux pour vivre les deux facettes de l’île.
La parenthèse enchantée sur l’eau
J’ai passé mes deux premières nuits dans un Overwater Bungalow. Je ne vais pas mentir : c’est exceptionnel. Je me réveillais avec le clapotis de l’eau sous mon lit. Une table basse en verre me permettait d’observer les poissons perroquets pendant que je buvais mon café. Descendre l’échelle de ma terrasse pour nager directement dans cet aquarium géant reste un de mes souvenirs les plus forts. C’est le luxe de l’isolement, le calme absolu.
La chaleur des pensions de famille
Cependant, pour comprendre l’âme de Bora, j’ai migré ensuite vers une petite pension de famille près de la plage de Matira. Ce choix a transformé mon voyage. J’ai rencontré Teva, mon hôte, qui m’a raconté les légendes de l’île autour d’une bière Hinano au coucher du soleil. J’ai économisé des milliers d’euros tout en gagnant en authenticité humaine. Si votre budget coince, n’ayez aucun regret : les pensions offrent une chaleur que les grands hôtels, malgré leur splendeur, peinent parfois à égaler.
Immersion dans le lagon : Danse avec les ombres
On ne vient pas ici pour rester au sec. Le lagon de Bora Bora abrite une vie marine foisonnante. J’ai réservé une excursion à la journée, refusant les gros bateaux touristiques pour privilégier une pirogue traditionnelle à petit comité.
Face-à-face avec les requins
Le guide arrête la pirogue au milieu d’un banc de sable. L’eau m’arrive à la taille. Soudain, des ombres fuselées approchent. Des requins à pointes noires. Des dizaines. Mon cœur a raté un battement. Le guide, serein, m’a encouragé à glisser dans l’eau. J’ai ajusté mon masque. Observer ces prédateurs évoluer avec une telle grâce, sans aucune agressivité, m’a fasciné. Ils nous ignoraient royalement, traçant leur route entre nos jambes. Juste après, ce sont les raies pastenagues qui sont venues quémander des caresses, frottant leur peau douce et veloutée contre nous comme des chats aquatiques.
Le Jardin de Corail
Plus loin, près de la barrière de corail, j’ai plongé dans ce qu’ils appellent le « Jardin de Corail ». Le nom n’est pas usurpé. J’y ai vu des bénitiers aux lèvres violettes fluorescentes et des murènes timides cachées dans les rochers. Le courant était assez fort, me portant doucement au-dessus des patates de corail sans que j’aie besoin de palmer. Je me sentais comme en apesanteur, simple spectateur d’un monde silencieux et coloré.
Bora Bora côté terre : L’histoire derrière la beauté
Je refusais de limiter mon voyage à Bora Bora à la baignade. L’île possède une histoire complexe et une géographie tourmentée que je voulais explorer. J’ai loué un quad pour une après-midi, mais je recommande vivement le 4×4 avec un guide local pour accéder aux points de vue escarpés. Nous avons grimpé sur des pistes boueuses, traversant une végétation tropicale dense, pour atteindre des vestiges surprenants : des canons américains de la Seconde Guerre mondiale.
Je ne savais pas que l’île avait servi de base de ravitaillement aux États-Unis après l’attaque de Pearl Harbor. Ces canons rouillés, pointés vers un ennemi qui n’est jamais venu, offrent aujourd’hui un contraste saisissant avec la sérénité du paysage. De là-haut, la vue sur le lagon est époustouflante. On distingue nettement les différentes profondeurs grâce aux nuances de bleu. Le guide m’a aussi montré les plantations de fruits. J’ai goûté à une pamplemousse locale, douce et sucrée, cueillie directement sur l’arbre. Ces moments de partage, les pieds dans la terre rouge, ancrent le voyage dans une réalité tangible.
Gastronomie : Au-delà du buffet de l’hôtel
Manger à Bora Bora peut coûter une fortune si l’on reste dans les resorts. Je suis donc parti à l’aventure culinaire vers Vaitape et Matira.
Le culte du Poisson Cru
Je me suis nourri quasi exclusivement de Poisson Cru au lait de coco. C’est le plat national. Du thon rouge ultra-frais, mariné quelques instants dans du jus de citron vert, puis mélangé à des légumes croquants et inondé de lait de coco fraîchement pressé. C’est frais, c’est sain, et ça coûte trois fois rien dans les petites cabanes de bord de route.
Les Roulottes de Vaitape
Le soir, j’ai adopté le rituel des « roulottes » sur la place de Vaitape. Ces camions-restaurants servent des plats copieux : steak-frites, chow mein, poisson grillé. J’y ai mangé pour moins de 15 euros, entouré de familles locales venues dîner. L’ambiance y est décontractée, bruyante et joyeuse. C’est là que bat le vrai cœur de l’île, loin des dîners aux chandelles standardisés.
Mes conseils pratiques pour réussir votre voyage
Je tire de cette expérience quelques leçons logistiques que j’aurais aimé connaître avant de partir.
Quand partir pour éviter la pluie ?
J’ai choisi le mois de septembre, et je ne regrette pas. C’est la fin de la saison sèche (mai à octobre). J’ai eu du soleil tous les jours, avec un vent (le Mara’amu) qui rafraîchissait l’atmosphère et chassait les moustiques. Évitez si possible la période de décembre à février, souvent très humide et lourde, sauf si vous aimez les averses tropicales intenses.
Gérer son budget intelligemment
Bora Bora coûte cher, c’est un fait. Mais j’ai réussi à maîtriser les coûts :
- L’eau : J’achetais des bouteilles de 5L au supermarché Chin Lee à Vaitape plutôt que de consommer au minibar.
- Les transports : Le vélo est roi. J’ai loué une bicyclette pour faire le tour de l’île (environ 32 km). La route côtière est plate et magnifique.
- L’alcool : Les cocktails sont hors de prix. J’ai profité des « Happy Hours » ou acheté mes propres bières pour les déguster sur ma terrasse.
Ce qu’il faut absolument mettre dans sa valise
Oubliez les talons hauts et les costumes. Ici, le code vestimentaire est « island chic ».
- Crème solaire Reef-Safe : Indispensable pour ne pas tuer les coraux que vous admirez.
- Chaussures aquatiques : Le corail coupe et les poissons-pierres existent. Je ne regrette pas de les avoir portées.
- Un bon anti-moustique : Surtout pour le soir et les randonnées à l’intérieur des terres.
Les erreurs que j’ai commises
Personne n’est parfait, et mon voyage a eu ses petits ratés.
Premièrement, j’ai sous-estimé le soleil. Même avec un ciel voilé, les UV sont traîtres. Je me suis retrouvé brûlé au deuxième degré le premier jour pour avoir négligé la ré-application de crème après la baignade. Ne faites pas ça. Portez un lycra pour le snorkeling.
Deuxièmement, j’ai voulu trop en faire. Bora Bora impose un rythme lent, le fiu (une sorte de mélancolie douce ou de langueur). J’avais planifié chaque heure de mes trois premiers jours. J’ai fini par tout annuler pour simplement regarder le temps passer. Laissez des blancs dans votre planning. L’imprévu est souvent meilleur que l’organisé.
FAQ : Vos questions fréquentes sur Bora Bora
Est-ce que Bora Bora est surcotée ?
Honnêtement, non. J’avais peur d’être déçu par la « hype », mais la beauté physique du lagon dépasse tout ce que j’ai vu aux Maldives ou aux Caraïbes. Le relief montagneux ajoute une dramaturgie unique.
Combien de temps rester sur place ?
Je conseille 3 à 4 nuits. C’est suffisant pour faire le tour des activités principales sans s’ennuyer. Combinez Bora Bora avec une autre île comme Maupiti ou Huahine pour plus d’authenticité.
Faut-il parler anglais ou français ?
Nous sommes en France ! Le français est la langue officielle. Cependant, tout le monde parle anglais dans le tourisme. Quelques mots de tahitien (Ia Orana pour bonjour, Mauruuru pour merci) décrochent toujours des sourires sincères.
Conclusion : Plus qu’une destination, un état d’esprit
Je repars de ce voyage à Bora Bora avec bien plus que des photos parfaites sur mon téléphone. Je ramène une sensation de paix intérieure, le souvenir du bleu intense gravé sur ma rétine et le goût du sel sur ma peau.
Bora Bora exige qu’on l’accepte telle qu’elle est : luxueuse et sauvage, chère mais généreuse, touristique mais profondément polynésienne. Si vous hésitez encore à prendre ce billet, je n’ai qu’un mot à vous dire : foncez. La réalité dépasse le rêve, et le lagon vous attend.
Et vous, quand prévoyez-vous de plonger dans le grand bleu ?
