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Exploration des îles de Zanzibar : Mon odyssée entre épices, histoire et lagons émeraude

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Poser le pied sur les îles de Zanzibar, c’est accepter instantanément que le rythme cardiaque du monde ralentit pour s’aligner sur le balancement des dhows à l’horizon. Dès l’ouverture de la porte de l’avion, l’air chaud et humide m’a enveloppé, chargé d’une odeur indéfinissable mêlant l’iode, la terre brûlée et, je le jure, une pointe de clou de girofle. Je ne venais pas simplement chercher des plages de carte postale, même si elles dominent l’imaginaire collectif. Je venais chercher l’âme swahilie, ce carrefour de civilisations où l’Afrique rencontre l’Arabie et l’Inde.

Mon périple à travers cet archipel tanzanien m’a profondément marqué. Loin des brochures sur papier glacé qui ne montrent que des piscines à débordement, j’ai découvert une terre complexe, vibrante, parfois chaotique, mais toujours envoûtante. Voici mon récit, mes secrets et tout ce que je sais pour transformer votre voyage en une aventure inoubliable.

Stone Town : Le labyrinthe de la mémoire

Je refuse de commencer par la plage. Zanzibar, c’est d’abord Stone Town. Ignorer cette ville de pierre revient à visiter Paris sans voir la Tour Eiffel, mais avec une dimension mystique en plus. J’ai passé mes trois premiers jours à me perdre volontairement dans ce dédale classé par l’UNESCO.

L’architecture comme livre d’histoire

Marcher dans Stone Town demande de l’attention. Les ruelles sont si étroites que mes épaules frôlaient parfois les murs décrépits des deux côtés. J’ai levé les yeux. Des balcons en bois sculpté, héritage indien, surplombent des portes massives en bois de teck, cloutées de laiton, héritage omanais. Ces portes racontent tout : la richesse du propriétaire, son origine, son statut. J’ai touché ces bois centenaires, patinés par le sel et le temps. Je sentais le poids de l’histoire. Stone Town ne cache pas ses cicatrices. L’ancien marché aux esclaves, adjacent à la cathédrale anglicane, m’a glacé le sang. Descendre dans les cellules où s’entassaient des êtres humains avant d’être vendus reste l’expérience la plus poignante de mon séjour. Le silence y est lourd, nécessaire. Il remet en perspective la beauté actuelle de l’île.

La symphonie urbaine

La ville ne dort jamais vraiment. J’ai adoré le contraste sonore. À l’aube, l’appel à la prière s’élève de dizaines de mosquées, un chant envoûtant qui rebondit sur les murs de pierre de corail. Quelques heures plus tard, ce sont les cris des vendeurs, le vrombissement des Vespas qui slaloment entre les piétons et les rires des enfants jouant au football qui prennent le relais. J’ai fini mes soirées sur le toit d’un hôtel, un verre de jus de canne à sucre à la main, regardant le soleil plonger dans l’océan Indien, colorant le ciel de teintes violettes et oranges que je n’avais jamais vues ailleurs.

Unguja : Comprendre la géographie des marées

Beaucoup de voyageurs commettent une erreur fatale en réservant leur hôtel sur l’île principale, Unguja (ce qu’on appelle communément Zanzibar). Ils ignorent le phénomène des marées. Je l’ai appris à mes dépens lors d’un précédent voyage, mais cette fois, j’avais fait mes devoirs.

Nungwi et Kendwa : La baignade perpétuelle

J’ai mis le cap au Nord. Nungwi et Kendwa sont les seules zones où l’océan reste baignable toute la journée. La pente du fond marin y est plus abrupte. J’ai trouvé à Nungwi une ambiance électrique. Les bars de plage s’enchaînent, la musique résonne, les couchers de soleil y sont légendaires.

Cependant, j’ai préféré Kendwa, un peu plus calme. J’y ai nagé dans une eau d’une clarté absolue, turquoise, presque irréelle. Le sable y est si fin qu’il crisse sous les pieds comme de la fécule de maïs. C’est la carte postale parfaite, celle que je voulais voir de mes propres yeux.

La côte Est : Le miroir du ciel

Paje et Jambiani, à l’Est, offrent un spectacle totalement différent. Ici, la marée se retire sur des kilomètres. À marée basse, je ne pouvais pas nager. Frustrant ? Absolument pas. C’est à ce moment que la magie opère. J’ai marché sur le fond de l’océan. Des femmes locales, vêtues de kangas colorés, cultivent des algues dans des petits jardins aquatiques.

J’ai discuté avec l’une d’elles, Mwana. Avec des gestes et quelques mots d’anglais, elle m’a montré comment elle attachait les boutures d’algues aux cordes. C’est un travail harassant, sous un soleil de plomb. Voir ces silhouettes colorées se détacher sur le bleu infini et le sable blanc reste mon image favorite du voyage. Si vous cherchez le kitesurf, c’est ici que ça se passe. Le vent souffle fort, constant, parfait pour les voiles.

Au-delà d’Unguja : Les véritables trésors cachés

Pemba : L’île verte

Pemba est l’anti-Zanzibar touristique. Ici, pas de vendeurs de souvenirs tous les dix mètres. Juste des collines verdoyantes couvertes de girofliers. L’île produit une grande partie des clous de girofle de l’archipel. J’ai roulé en 4×4 à travers des forêts denses, croisant des charrettes à bœufs. Les fonds marins de Pemba surpassent tout ce que j’ai vu ailleurs en Afrique de l’Ouest. J’ai plongé le long de tombants vertigineux. Les coraux sont vivants, vibrants, intacts. Je me suis retrouvé nez à nez avec des bancs de barracudas et des carangues géantes. Si vous êtes plongeur, Pemba n’est pas une option, c’est une obligation.

Mnemba Atoll : Le sanctuaire et ses limites

J’ai aussi fait l’excursion vers l’atoll de Mnemba, au nord-est d’Unguja. Soyons honnêtes : l’île elle-même est privée (propriété d’un resort ultra-luxe). Je n’ai pas pu y poser le pied. Mais le récif qui l’entoure est accessible.

L’eau y a une couleur que je ne saurais décrire, un mélange de cyan et de néon. J’ai sauté du bateau avec mon masque et mon tuba. La densité de poissons est folle. Mais attention, la densité de touristes l’est aussi. Des dizaines de bateaux s’agglutinent. Mon conseil : louez un bateau privé et partez très tôt, dès 7h du matin, avant l’arrivée des tours organisés. J’ai eu le récif pour moi seul pendant trente minutes. Un luxe inestimable.

Une explosion sensorielle : La route des épices

Je craignais le piège à touristes, le fameux « Spice Tour ». J’ai demandé à mon guide de m’emmener dans une petite ferme familiale, loin des circuits de bus. Je n’ai pas regretté.

Goûter l’inconnu

J’ai marché dans la terre rouge, entouré d’une végétation luxuriante. Le guide, un jeune homme nommé Ali, coupait des morceaux d’écorce, écrasait des feuilles, déterrait des racines. Il me les tendait. « Ferme les yeux, sens, goûte. » J’ai croqué dans de la cannelle fraîche (sucrée, loin de la poudre sèche de nos supermarchés). J’ai senti la citronnelle, le curcuma frais qui tache les doigts en orange vif, la vanille encore verte. J’ai découvert le fruit du jaquier, énorme et collant, au goût de bonbon tutti frutti. J’ai compris pourquoi Zanzibar a dominé le commerce mondial pendant des siècles. Ces épices ne sont pas des ingrédients ici, ce sont des monnaies d’échange, des trésors.

Le maquillage naturel

Ali m’a montré le « Lipstick Tree » (le Roucou). En écrasant les graines rouges, il a obtenu une pâte vermillon intense qu’il a appliquée sur ma main. Les femmes Maasai et Swahilies l’utilisent comme maquillage et protection solaire. J’ai terminé la visite avec un déjeuner assis par terre, sur des nattes, à manger du riz pilau parfumé aux épices que je venais de toucher. Une expérience brute, authentique.

Gastronomie : Le festin de Forodhani

Le soir, à Stone Town, tous les chemins mènent aux jardins de Forodhani. Dès le coucher du soleil, les cuisiniers installent leurs stands. La fumée monte, l’odeur de poisson grillé envahit la place.

La Zanzibar Pizza

Je devais essayer. Ce n’est pas une pizza. C’est une sorte de crêpe fine, remplie de viande hachée, d’œuf, de fromage (souvent de la Vache Qui Rit, surprenant mais efficace), d’oignons et de piment, le tout replié et frit sur une plaque métallique. C’est gras, c’est chaud, c’est incroyablement satisfaisant.

Brochettes et méfiance

J’ai mangé des brochettes de thon, de poulpe et de langouste. Un conseil crucial : observez le débit. Mangez là où la foule se presse. Les fruits de mer doivent être frais. J’ai évité les étals trop bien rangés où personne ne s’arrêtait. Et j’ai accompagné mon festin d’un jus de canne à sucre pressé devant moi, avec un soupçon de citron vert et de gingembre. Le mélange parfait pour rincer le palais.

Logistique et réalités : Ce qu’on ne vous dit pas

Le rêve a ses aspects pratiques qu’il faut maîtriser pour ne pas le gâcher.

Le visa et l’administratif

J’ai fait mon visa en ligne avant de partir. C’est plus simple, mais le site officiel tanzanien est parfois capricieux. À l’arrivée, la file pour le visa sur place était longue et chaotique. J’ai traversé l’immigration en dix minutes grâce à mon e-visa imprimé.

La question de l’argent

Les distributeurs (ATM) sont rares hors de Stone Town. À Paje ou Nungwi, ils sont souvent vides ou en panne. J’ai retiré une grosse somme de Shillings tanzaniens à l’aéroport. J’ai aussi emporté des Dollars américains (billets postérieurs à 2009, sinon ils sont refusés). On paie les hôtels et les grosses excursions en dollars, et la vie quotidienne (repas, taxis, souvenirs) en shillings pour éviter des taux de change défavorables.

Se déplacer : Dala-dala ou Taxi ?

J’ai testé les deux. Le dala-dala (minibus local) est une expérience anthropologique. On s’y entasse, il fait chaud, ça coûte quelques centimes, on partage la vie des locaux, des poules, des sacs de riz. J’ai adoré pour les petits trajets. Pour traverser l’île avec mes bagages, j’ai négocié un taxi privé. La négociation est un sport national. J’ai toujours divisé le premier prix annoncé par deux pour commencer la discussion.

Les « Beach Boys » et le respect culturel

Sur les plages, les « Beach Boys » (vendeurs ambulants, guides improvisés, Maasai) sont omniprésents. Ils viennent vous parler constamment. « Jambo! Hakuna Matata! You want safari? You want coconut? ».

Ma stratégie

Au début, cela m’agaçait. Je voulais du calme. Puis j’ai changé d’approche. Je les saluais fermement mais poliment, avec un grand sourire, en regardant dans les yeux : « Hujambo kaka, hapana asante » (Bonjour frère, non merci). Le respect de leur langue change tout. Ils sourient et passent leur chemin. L’agressivité ne sert à rien ici. Ils essaient juste de gagner leur vie.

Code vestimentaire

Zanzibar est à 99

Activités incontournables : Mon top 3 personnel

Si je devais ne garder que trois moments, ce seraient ceux-ci :

  1. Le Safari Blue : Une journée entière sur un dhow traditionnel. J’ai navigué vers un banc de sable au milieu de nulle part, mangé des fruits de mer grillés sur une île déserte et nagé dans une lagune de mangrove. C’est touristique, mais l’organisation est impeccable et la beauté des lieux indéniable.
  2. Cheetah’s Rock : J’hésitais, n’aimant pas les zoos. Mais c’est un centre de sauvetage. J’ai pu interagir avec des animaux sauvages de manière respectueuse et éducative. Voir un guépard de si près, entendre son ronronnement, fut un moment fort.
  3. Le coucher de soleil au restaurant The Rock : Oui, c’est le cliché ultime. Ce restaurant posé sur un rocher dans l’eau. J’y suis allé juste pour boire un verre sur la terrasse. La vue sur l’océan, le vent, le bruit des vagues qui frappent la pierre… Le prix des cocktails est élevé, mais on paie le cadre, et quel cadre !

FAQ : Vos questions, mes réponses

Est-ce dangereux de voyager seul(e) ?
Je ne me suis jamais senti en danger. Stone Town la nuit peut être sombre et labyrinthique, je restais sur les axes principaux. Comme partout, il faut du bon sens. Les vols à l’arraché existent mais sont rares.

Quelle est la meilleure période ?
J’y suis allé en février, il faisait très chaud. Les meilleures périodes sont de juin à octobre (saison sèche et fraîche) et janvier-février (saison sèche et chaude). Évitez avril et mai, c’est la saison des longues pluies, beaucoup d’hôtels ferment.

Faut-il un traitement contre le paludisme ?
J’ai consulté mon médecin avant de partir. Zanzibar a fait d’énormes progrès, mais le risque n’est pas nul. J’ai pris un traitement préventif (Malarone) et utilisé un répulsif puissant le soir. Je n’ai pas vu beaucoup de moustiques grâce au vent côtier, mais mieux vaut prévenir.

Le Wi-Fi est-il fiable ?
Dans les hôtels de luxe, oui. Ailleurs, c’est aléatoire. J’ai acheté une carte SIM locale (Zantel) à l’aéroport pour quelques dollars. La 4G fonctionnait étonnamment bien, même sur certaines plages isolées.

Épilogue : L’empreinte du large

Je suis reparti des îles de Zanzibar avec du sable au fond de mon sac et des sachets d’épices qui parfument encore ma cuisine aujourd’hui. Mais j’ai rapporté plus que ça. J’ai rapporté la leçon du « Pole Pole » (doucement, doucement).

Ici, rien ne sert de courir. Le bateau partira quand la marée le décidera, pas quand votre montre l’indiquera. La nourriture arrivera quand elle sera prête. Cette acceptation du temps qui passe, cette philosophie de vie, c’est le véritable cadeau de Zanzibar.

Si vous hésitez encore, prenez votre billet. Allez voir les portes de Stone Town, allez marcher à marée basse à Jambiani, allez sentir les clous de girofle à Pemba. Le monde est grand, mais peu d’endroits ont une âme aussi forte que cet archipel.

Je m’appelle Josvah, et c’était mon voyage. À quand le vôtre ?